Inhumation et rebouchage

Le jour de l’inhumation, le cortège funéraire en grande pompe arrive à la pyramide, venant du temple bas, par la chaussée d’accès au temple haut à l’Est de la pyramide.

Les célébrations terminées le sarcophage du roi disparaît derrière le rideau au fond du temple à l’ouest vers l’entrée de la galerie de chargement des blocs qui le conduit maintenant vers le royaume des ombres.

A l’époque de la construction, c’est un toboggan qui propulsait les pierres depuis une plateforme à 6 m d’altitude depuis disparue et remplacée par le temple du haut jouxtant la face orientale de la pyramide. Ce toboggan déversait les pierres avec une certaine vitesse initiale dans la galerie d’accès au monte charges dont le seuil de chargement était au centre de la pyramide.

Pyramide terminée, la galerie d’accès Est située au niveau de la base faisait  115 m de longueur et de l’ordre de 8 m de hauteur, donnant sur le seuil de chargement au niveau 4.5 m. Pour donner accès au complexe mortuaire, il a fallu remonter ce niveau le passant de 4.5 m à 11 m pour que le flotteur élévateur puisse en deux étapes rejoindre le niveau 55 m qui est celui de « la chambre du roi », la vraie.

La galerie d’accès passait donc du niveau zéro à la sortie du temple au niveau + 11 m à l’entrée de l’élévateur 115 m plus loin.

On ne sait si c’est à pied ou en voiture que le cortège parcours les 115 m de cette galerie parfaitement sombre, qui se termine dans la chambre contenant le pas de chargement du flotteur submersible deuxième génération qui remplace maintenant le flotteur oscillant comme élévateur.

Cette chambre exiguë est le premier lieu de rassemblement du cortège.

Ne connaissant pas le protocole funéraire des anciens Égyptiens, je ne sais si le matériel funéraire, bagages du roi dans son aller simple pour l’éternité, passait avant ou après le cortège, mais peu importe aujourd’hui.

Combien étaient-ils, une dizaine, une vingtaine?

Tout ça devait tenir provisoirement dans la chambre basse qui ne fait que 30 M², la galerie horizontale était déjà encombrée de lingots de cuivre.

Avec un plateau qui fait 8 M² pour remplir 30 M² il fallait envisager de l’ordre de 4 à 5 rotations.

… Imaginons le tableau…

Dans la salle étroite du seuil de chargement au cœur de la pyramide avec 140 m de pierres au dessus de la tête, dans la chaleur humide du lieu, éclairé par quelques lampes à huile et dans un silence religieux, seulement troublé par le chuintement du flotteur en mouvement.

A moins que les pleureuses s’en mêlent…

Avant tous ces officiels, des opérateurs discrets avaient pris place dans les antichambres basse (21 m) et haute (55 m) pour faire les manœuvres du flotteur.

Le plateau s’élève lentement et majestueusement dans la pénombre de la salle de chargement avec son premier chargement, destination la chambre basse 10 m plus haut.

Arrivés à hauteur les occupants gagnent la chambre basse par le corridor de 1 m de large et 1.7 m de hauteur qui débouche dans la chambre basse à travers la niche, ils sont remplacés sur le plateau par du lest amené par des opérateurs, qui attendaient à l’extrémité Est du corridor à coté de lingots préalablement stockés en quantité suffisante.

Ainsi chargé, le plateau redescend, le flotteur qui le soutient coulant lentement, pour une nouvelle rotation.

Quand il est arrivé au pas de chargement, les  invités prennent place sur le plateau que les opérateurs délestent et une nouvelle ascension commence  jusqu’à ce que le cortège au complet prenne place dans l’antichambre du bas qu’il serait maintenant inopportun d’appeler chambre de la reine!

Une rallonge de la tige qui soutient le premier plateau d’environ 34 m de long avait été préalablement posée sur ce plateau, construite comme la tige, sous la forme d’une ossature en treillis aussi légère que possible, elle n’occupait pas une grande surface sur le plateau et se terminait à son sommet elle aussi par un plateau.

Le niveau 21 m de la chambre basse qui était jusqu’alors le niveau haut du premier plateau du flotteur, devient le niveau bas de chargement du deuxième plateau du flotteur dont la partie basse atteint maintenant le fond du puits au niveau -28 m. Pour atteindre le niveau + 55 m celui de la chambre du roi, le flotteur fera maintenant une course de 34 m, sa partie basse atteignant alors le niveau +6 m, le « pont » du flotteur atteignant lui de niveau 11 m qui est celui du seuil de chargement et du niveau d’eau dans le puits.

Des opérateurs et du lest qui attendaient en partie haute, font couler le flotteur pour amener le plateau au niveau du corridor de la chambre basse.

Un processus identique au précédent se déroule pour remplir une antichambre identique à la chambre basse située au niveau 55 m.

Quand tout le monde est rassemblé, l’inhumation du roi a lieu dans son sarcophage définitif déjà placé là au moment de la construction de la pyramide et qui doit avoir une autre allure que ce petit conteneur de chantier (maintenant écorné) qui se trouve aujourd’hui dans la chambre haute.
Son bunker royal d’éternité, ne doit pas être si différent en architecture de la chambre basse, mais probablement plus grand en longueur , peut être plusieurs chambres communiquant entre elles?

Il est certainement comme la chambre haute en granite et d’aussi belle facture, complètement étanche, éternité ne rime pas avec humidité.

Probablement que tous ces objets qui l’accompagnent sont entassés méthodiquement pour finir par remplir complètement la chambre et les magasins auxiliaires?

Après un dernier adieu tous les vivants font maintenant la queue pour descendre par l’ascenseur, ils jouent le rôle du lest maintenant, les opérateurs ayant posé une tare sur le flotteur pour que cinq ou six humains soient à même de le faire couler.

Le cortège est maintenant au complet dans la chambre basse, moins le roi mort, mais avec le nouveau roi. Le roi est mort, vive le roi!

Le cortège reprend l’ascenseur pour se rassembler dans la salle de chargement des blocs avant de rejoindre le temple du haut à l’extérieur de la pyramide.

……………………………………………………

Dès le caveau vidé des accompagnateurs, une poignée de spécialistes en a scellé hermétiquement son entrée par un monolithe qui probablement attendait déjà dans l’antichambre en compagnie de la statue représentant le roi qui maintenant surveille l’antichambre et veille sur lui pour l’éternité. Cet antichambre haute, contrairement à l’antichambre basse a du recevoir les peintures et/ou gravures rituelles et a part la statue du roi est probablement vide.

Se pose maintenant le problème du rebouchage des accès, puits et cages.

La pyramide est muette sur ce sujet, il y a 170 m de cages et 146 m de puits à combler en volume cela représentait pas loin de 2000 M³ à remplir de pierres à la verticale soit pas loin de 5 000 t de pierres..

A part un raisonnement logique rien ne permet de savoir comment ce rebouchage a été fait.

Pour boucher un immense trou comme celui-ci la logique voudrait que l’on procède par le haut en commençant à boucher le fond du premier puits qui est celui de la grotte souterraine en commençant par démonter et retirer tous les flotteurs.

C’est la partie facile car l’entrée de ce puits donne dans la galerie d’accès par laquelle on peut acheminer les pierres pour les faire tomber dans le puits et ainsi le boucher.

Ceci fait pour boucher tout le reste, il fallait passer par le débouché de la cinquième cage qui était très proche du sommet à 140 m de la base, un trou de 2 x 2 m environ.

Il fallait alors être capable de faire « monter » 5 000 t de pierres depuis la base jusqu’au sommet de la pyramide.

Pour ça il a fallu conserver au niveau de ce trou une plateforme de travail provisoire en bois, de quelques M² de surface posée sur les 4 faces de la pyramide, équipée d’un portique au dessus du trou pour pouvoir faire descendre à la verticale les pierres soutenues par une corde.

Mais avant de descendre ces pierres avaient à monter au niveau de la plateforme, une élévation de 140 m depuis la base.

 

Pour illustrer la méthode prenons l’exemple  d’une pierre de 1 t, mais peu importe son poids (dans certaines limites):

La pierre aura été posée sur un chariot équipé de patins de roulement qui lui permettent de progresser sans frottement sur la rampe que constitue un flan de la pyramide, 10 opérateurs lestés à 100 Kg auraient fait préalablement l’ascension de la pyramide par les échelles qui étaient déjà posées. Une corde est déroulée et attachée à la pierre, elle passe sur le portique et redescend le long de la même face sur quelques mètres les opérateurs s’en saisissent et font la descente sur la face de la pyramide en faisant monter la pierre par la force de leur poids.

Une fois en haut la pierre toujours attachée à sa corde pend au dessus du trou par lequel elle va ensuite descendre, son autre extrémité qui est maintenant au niveau de la base est attachée à la pierre suivante. En descendant à la verticale dans la cage la première pierre exerce la force d’un poids de 1 t, elle peut donc soulever une charge de 1 / sinus( 51°8) = 1.27 t glissant sur le flanc de la pyramide tout en freinant sa descente, cette charge pouvait être faite de la pierre suivante plus des opérateurs faisant l’appoint en remontant ainsi « gratuitement » mais pas jusqu’au sommet car la pierre qui descend ne va pas plus loin que le fond du cinquième puits, soit une course de 70 m environ.

Il aura donc fallu préalablement attacher une deuxième corde à la pierre suivante qui passant par le portique retombe sur la même face pour être reprise par des opérateurs depuis la plateforme, pour continuer à faire monter la pierre, comme la première jusqu’au sommet, les opérateurs posés sur la pierre pour faire contre poids passant eux aussi sur cette dernière corde.

En procédant suivant ce principe, aucune énergie n’est gaspillée, toute énergie potentielle acquise par les pierres de rebouchage est récupérée jusqu’à son point d’arrivée.

Une fois arrivée au fond du premier puits, la corde de la première pierre est retirée car elle est maintenant déchargée, la deuxième pierre est hissée sur la plate forme et prend la relève.

Et ainsi de suite jusqu’à ce que le puits du cinquième étage qui fait 38.5 m de profondeur soit comblé, le niveau est à 113 m, il fallait maintenant passer au puits de quatrième étage.

Mais là une difficulté se présentait, ce puits n’est pas dans l’alignement de la cage d’entrée, pour poursuivre son chemin la pierre devait parcourir à l’horizontale, toujours accrochée à sa corde, la galerie de liaison entre les deux étages avant de descendre au fond du quatrième puits niveau 41.5 m.

Il fallait donc installer deux renvois de corde, le premier  appuyé sur la paroi de la cage légèrement plus bas que le plafond du corridor de liaison (il ne reçoit qu’un force horizontale) le deuxième accroché à la même hauteur au centre du plafond de la cage de l’étage précédent.

Une corde attachée à la pierre et passant dans ce deuxième renvoi permettait à des opérateurs de faire s’engager la pierre dans le corridor de liaison qui était préalablement équipé d’un chemin de roulement.

La première corde étant déchargée, on pouvait alors la détacher, puis la faire passer dans le deuxième renvoi avant de la rattacher sur la pierre qui pouvait par la suite être poussée dans la cage du quatrième étage pour continuer sa descente au fond du quatrième puits.

Et ainsi de suite, pour le puits du troisième étage, puis du second et enfin la cage du premier étage au niveau 21 m, celui de la chambre basse, les constructeurs avaient tout le nécessaire pour combler le boyau de liaison de la niche, avant de commencer le comblement de cette cage, puis des cages suivantes jusqu’au sommet et terminer en posant la dernière pierre du parement.

Ceci fait restait à démonter et faire redescendre la plateforme provisoire et les échelles pour laisser la face de la pyramide complètement lisse et propre et la pyramide complètement scellée.

Il devenait maintenant impossible à quiconque de venir troubler le repos éternel du roi sans démonter la pyramide ou creuser une galerie à ses risques et périls (mais où?), bon courage!

On peut observer aujourd’hui une tentative infructueuse dans la plus petite des pyramides du plateau de Gizeh, aussi bien pour le démantèlement que pour la galerie.

Cette méthode nécessitait de résoudre le problème du frottement dans le renvoi de corde aussi bien sur le portique qu’entre les cages pour traverser les corridors de liaison.

Les constructeurs tenaient la solution avec la technologie du patin autonome qu’ils auraient pu faire légèrement évoluer en remplaçant les rouleaux à plots par des rouleaux circulaires ( qui auraient pu être à gorges) et en remplaçant le plateau intermédiaire par un cylindre circulaire sur lequel reposent les rouleaux, les cordes se déroulant sur l’extérieur des rouleaux qui roulent sans fin et sans frottement autour du cylindre intérieur.

Les patins autonomes quand à eux auraient pu être posés à l’envers en position fixe dans les corridors de liaison, pour que les pierres roulent dessus sans frottement en les traversant.

Cette méthode aurait très facilement pu être utilisée dans les pyramides précédentes pour, tout en bouchant puits et cages, réaliser les magnifiques voûtes en encorbellement dans les cages et puits existants en ayant accès par le haut pour y amener les pierres et par le bas pour les soutènements provisoires.

On notera une fois encore que pour fonctionner correctement cette méthode les constructeurs utilisaient avec intelligence et habileté la force de la pesanteur, en faisant travailler le poids des hommes et des pierres, en réduisant à peu les frottements et en « jouant » avec précision sur l’équilibre des masses.

 


 

Maintenant c’est  700 t  de pierres sur une surface de 8 M² et une hauteur de 34 m qu’il faudrait déplacer depuis la niche de la chambre basse (en les prenant sur la tête) si l’on voulait passer par là pour rejoindre le roi. Les 3 herses du passage de la chambre haute ne font pas le poids!

Le plus audacieux des voleurs passera son chemin et des archéologues aussi.

Il aura fallu enfin combler la galerie d’accès Est jusqu’à l’entrée et enfin sceller les dernières pierres du parement au niveau de la base.

La pyramide  cache tous ses secrets derrière ce magnifique parement d’un blanc aveuglant sous le soleil, parfaitement lisse et mystérieux.

L’intérieur de la pyramide ressemble maintenant à ce que Al Mâ’mun a du découvrir:

Des chambres et des couloirs tristes et vides pas très propres, quelle déception pour le premier à entrer!
Maintenant, cette chambre basse, vide, sale et triste, dans le noir complet est devenue réellement l’antichambre du roi dont la niche murée est la porte d’entrée de sa dernière demeure.

Mais il y a quand même un petit problème pour obtenir l’entrée, la « chevillette » pèse 700 t sur 34 m de hauteur!
Al Mamoun avait eu la bonne intuition en y creusant un passage, s’attendait-il à ce prix du ticket d’entrée? mais  il n’a pas compris que c’était là le passage et il ne fut pas le seul!

Ainsi, les volumes intérieurs « sensibles » les cylindres et cages qui permettraient même au plus timoré des architectes de comprendre que ce ne sont pas des rampes mais des ascenseurs hydrauliques qui ont monté les pierres, sont masqués.

Ainsi que la voie qui mène au saint des saints.

Il reste cependant dans un lieu anodin à 80 m de la pyramide ce « trial passage » oublié et méprisé de tous (aujourd’hui comblé), qui vend la mèche avec son puits vertical.

Ils avaient quand même rempli de pierre ce puits, mais c’était du travail bâclé, indigne de la pyramide, ce puits n’a pas échappé au regard averti de F.Petrie.

Mais qui s’en soucie ?

Seuls restaient ostensiblement accessibles les énigmatiques volumes techniques vides, sales et nus des chambres et galeries et même un sarcophage factice, qui ont si bien joué leur rôle de leurre jusqu’à ce jour.

Mais sans la connaissance des puits verticaux, ces volumes n’ont aucun sens au niveau hydraulique, alors pourquoi pas chambres mortuaires!!

Mesurés et re-mesurés, photographiés ad noseum, combien ont déduit de ces volumes utilitaires, le nombre PI, le nombre d’or, la vitesse de la lumière, la circonférence de la terre, la distance terre lune et l’âge du capitaine?
Ces constructeurs quel talent, quel génie ! non seulement pour comprendre, la pesanteur et la pierre, mais aussi les fondements de la nature humaine, dans un scénario de dissimulation mis en oeuvre de Djoser à Mykérinos qui n’a pas failli pendant des siècles et qui aujourd’hui tient encore parfaitement.

Aujourd’hui au moins sept rois reposent dans leurs sarcophages et leurs chambres mortuaires intactes, quel beau trésor archéologique si bien protégé par des armures de pierre et un verrouillage psychologique tout aussi solide.

Jusqu’à ce qu’un misérable petit retraité, votre serviteur, prenne modestement la peine de démonter presque pierre par pierre le mécanisme de cette machine extraordinaire, bâtie par des gens d’exception.

Sera-t-il seulement entendu?

Il serait simple et peu coûteux de dégager le corridor existant à l’est de la niche en retirant les 3 blocs qui reposent sur le sol, on pourrait ainsi s’y tenir debout avec 1.7 m de hauteur sous plafond, il serait relativement aisé d’extraire les deux blocs superposés qui ferment la communication avec la cage.
On se trouvera alors dans l’entrée de la cage, probablement très encombrée et là il y aura de quoi s’occuper un bon moment pour nettoyer et dégager le volume et découvrir les parois de la cage.
Par contre,  retirer les pierres, mieux vaudra renoncer, car au dessus il y a 700 t à prendre sur la tête!!
Par ici le bunker du roi est bien défendu pour l’atteindre il faudra chercher passage ailleurs!

 

 

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