Remplissage des assises

Le remplissage d’une assise fut un processus complexe qui de plus a du se réaliser rapidement en manutentionnant en moyenne 1200 t de gros blocs par jour qui plus est avec une certaine précision, pour que la pyramide s’élève bien droite avec une géométrie parfaite.

Tout défaut d’horizontalité de l’assise devait être banni, surtout sur les premières qui orientent définitivement le bâtiment, de même il fallait que les arêtes du parement montent non seulement bien alignées, mais encore bien orientées pour que les 4 arêtes se rejoignent exactement au sommet.

Les anciens Égyptiens ne nous ont rien laissé des méthodes de mesures qu’ils ont utilisé pour cela.

On peut imaginer une méthode hydraulique pour l’horizontalité, par exemple plusieurs bassines réparties sur l’assise et reliées entre elles par de tuyaux, c’était tout à fait dans leurs moyen technologiques, les tuyaux ayant pu être fait de boyaux d’animaux traités et assemblés entre eux, les bassines en bois ou en céramique, il pouvaient ainsi vérifier l’horizontalité avec une précision millimétrique, pierre par pierre, le niveau de référence étant celui des 4 blocs d’angles.

La grosse inconnue reste l’alignement des 4 arêtes, les 4 blocs d’angle étant les premiers à être posés sur la nouvelle assise, donnant à la fois son niveau de référence, son coté exact et l’orientation exacte de son arête.

L’examen des quelques blocs du parement encore présents à la base de la pyramide, nous renseigne sur l’extrême précision de fabrication de ces pierres, on peut donc aisément supposer que les pierres d’angles avaient une géométrie parfaite à mieux que le millimètre. Cependant une dérive de 1 de mm dans les dimensions ou dans  l’assemblage s’empilant sur 210 assises pouvait se traduire par un écart aléatoire entre 0 et 21 cm au sommet ce qui n’était pas acceptable.

L’examen des blocs du parement de la base nous renseigne sur le fait que ces blocs étaient posés sur une fine couche de mortier, ce qui est une disposition redoutable (tout carreleur vous le dira) car si en jouant sur le mortier on pouvait rectifier un écart, on pouvait tout aussi bien en créer un!

Il fallait donc pouvoir positionner ces blocs d’angle pesant quelques tonnes avec une précision millimétrique, ils avaient un moyen très performant, fort et précis pour les déplacer à l’horizontale avec le pousseur d’assise à pendule, mais encore fallait-il savoir où le positionner très exactement.

C’est ici que l’on comprend mieux l’orientation très précise nord sud des faces est ouest de la pyramide, en effet le midi solaire est invariant quelque soit le jour et l’année et il est facile à vérifier avec précision.

Par contre la direction Est Ouest est problématique, car le soleil ne passe dans cet alignement avec une certaine hauteur que pendant le printemps et l’été, l’alignement ayant lui été établi exactement le jour de l’équinoxe d’automne ou de printemps.

La première assise étant bien évidemment l’assise de référence devait être très exactement alignée en orientations et précise en dimensions

Pour s’orienter exactement il fallait procéder par des visées optiques en se servant du soleil et en prenant un bloc d’angle de référence sur la face sud évidemment par exemple l’angle SE.

Il fallait donc couvrir par une sorte de tente l’espace entre deux blocs d’angle pour disposer d’une sorte de chambre sombre poser une fente sur la face sud de « la boite » et vérifier à midi très exactement où le rayon se projette sur le bloc d’angle NE et noter l’écart d’alignement de la pierre pour le corriger par la suite. Faire la même visée pour les angles SO et NO le jour importe peu, mais en couvrant les 4 angles  toutes ces visées pouvaient se faire la même jour.

L’alignement Est Ouest s’étant vérifié dans la matinée par ma même méthode.

Ils étaient sûrs ainsi d’avoir une base exactement parallélépipédique, mais encore fallait-il qu’elle soit carrée et mesurer très exactement 440 coudées royale de coté.

A cette fin ils auraient pu continuer à utiliser l’ombre portée du soleil de bon matin peu après l’équinoxe de printemps ou d’automne, je vais donner un exemple :

Prenons  dans le calendrier Julien le 19 avril -2620 il est 6 H 16 mn, le soleil est exactement orienté Est sa hauteur est de 5° 30 mn, la tangente de l’angle que fait la hauteur est 10.78.

Un fil a plomb de 40.81 coudées de hauteur surplombant l’angle SE voit son ombre portée pointer 440 coudées plus loin exactement sur l’angle SO. Idem pour les angles NE et NO.

Il ne restait plus qu’à reporter la distance SE – SO sur le coté SE – NE pour vérifier que l’on avait bien un carré.

Je ne prétends pas dire que c’est ce qu’ils auraient exactement fait, mais ils avaient les moyens de faire d’une façon similaire car ils connaissaient exactement la hauteur du soleil orienté plein Est pour chaque jour de l’année entre l’équinoxe de printemps et d’automne.

Cette vérification d’alignement pouvait être recommencée à chaque nouvelle assise, sauf pour l’alignement Est Ouest quand la nouvelle assise commençait en automne hiver, mais le risque de dérive était alors infime.

Cette fois-ci encore on peu constater que les constructeurs de la pyramide travaillaient dans la précision.

 

Une fois les 4 blocs d’angles posés avec précision le remplissage de l’assise se faisait en plusieurs temps:

  • Maçonner la parti centrale nord que ce soit le soubassement ou la construction d’une chambre ou d’une galerie.
  • Poser les pierres du parement Est et Ouest
  • Poser les blocs de remplissage des extrémités vers le centre en lignes successives et parallèles, en commençant par poser la pierre de parement qui commence une ligne.

Se pose maintenant la question, comment intégrer les déchets de taille dans l’assise?

Les déchets de taille sous forme de sable fin sont produits en même temps que les blocs. Si on cherchait à l’inclure dans la pyramide avec un processus particulier au sable, il aurait fallu attendre que les blocs d’une assise soient posés pour intégrer le sable, car on ne peut mélanger deux processus sur un même lieu et il faut bien créer les trous avant de les boucher.

Il aurait donc fallu stocker, la valeur d’une assise en sable avant le l’intégrer. L’assise moyenne qui fait 170 m de coté et 0.7 m de hauteur représente un volume de 20 200 M³ dont les 4/5 sont faits de blocs, mais 1/5 de sable, soit environ 4 000 M³ de sable ce qui est considérable, et pose un problème de modalité de stockage puis de reprise.

La durée de pose d’une assise moyenne à raison de 90 secondes par M³ est de l’ordre de 1 mois, il ne parait pas évident de maintenir pendant des mois un gros tas de sable sans qu’il soit un jour ou l’autre dispersé par le vent venant du désert.

Il fallait donc intégrer le traitement du sable dans le processus des blocs.

Il fallait pour cela conditionner le sable dans un conteneur qui se manutentionne comme un bloc, mais comme le volume à remplir est chaque fois variable, on comprend intuitivement que l’on avait intérêt à fractionner ce volume autant que possible tout en le standardisant, pour faciliter la manutention des conteneurs et le remplissage des trous.

Pour 4 blocs solides qui montent il y a 1 M³ de sable qui doit monter en moyenne.

Pour fractionner le volume au maximum ils disposaient de 9 courses de l’oscillateur par bloc, pour 4 blocs 36 courses, soit 36 courses en tout pour élever 1 M³ de sable, soit un volume de 1 / 36 = 28 l par course, pour rendre le conteneur parfaitement facile à manutentionner on pouvait le diviser encore en deux donnant deux sacs de 14 l pesant 40 KG par course.

Ainsi ces sacs en toile, peuvent être facilement remplis dans les carrières au fur et à mesure de la taille des blocs et faire le voyage des carrières vers l’assise en partie entassés sur les blocs pour en normaliser le poids au poids du jour, en partie sur un plateau porteur.

Nul besoin de précautions particulières pour éviter la dispersion du sable sur le chantier et le remplissage complet de n’importe quel volume et configuration de trou est très facile.

La pose des blocs se faisant en parallèle aux 4 coins de la pyramide, les opérateurs sur l’assise disposaient de 4 cycles soit 4 x 360 s pour vider les 72 sacs dans des volumes représentant de 1 M³ en tout , soit 20 s par sac en moyenne, ce qui n’est pas un problème.

Une fois vidés, il est aisé d’entasser les enveloppes dans un des sacs,et de les faire rejoindre les carrières avec les rouleaux.

Blocs de remplissage:

Remplir une pyramide est comme faire le pavement d’une terrasse, mais avec des dalles pesant plusieurs tonnes qu’il fallait monter de plusieurs dizaines de mètres en hauteur, il fallait donc faire bon du premier coup.

Je propose une organisation générale en plusieurs îlots

  1. Les carrières qui extraient et envoient les blocs au rythme du chantier vers un premier site de stockage et préparation  au pied de la pyramide.
  2. Sur ce site, deux stocks intermédiaires, l’un distribuant les blocs  pour l’assise du jour, l’autre stockant les blocs extraits de la carrière et les classant suivant le calepinage pour l’assise du lendemain.
  3. Un monte charge à flotteur coulé qui utilise la fosse « à barque solaire » au SE de la pyramide, recevant les blocs du stock intermédiaire du jour et les hissant sur la plateforme de lancement à 6.5 m du sol. Ce monte charge tient lieu également de balance pour ajuster le poids du bloc au « poids du jour ».
  4. Un plateau de lancement qui recevant les blocs devant monter dans la pyramide, les oriente face à la galerie d’accès et leur fait dévaler la rampe de lancement.
  5. Un ensemble de monte charges hydrauliques à plusieurs étages qui achemine les pierres vers l’assise en cours d’achèvement et qui redescend le lest, les sacs vides et les roulements avec les opérateurs.
  6. Une équipe fournissant l’énergie des monte charges, qui escalade une face de la pyramide avec des échelles, puis descend sur le plateau des monte charge avec le lest, les sacs et les roulements et les évacue vers le parvis de la pyramide.
  7. Une équipe de gestion des oscillations qui détermine le poids qui descend et quand il descend.
  8. Sur l’assise une équipe de réception du plateau du monte charge qui  réceptionne et oriente les blocs et fait redescendre les lests, les sacs et les roulements.
  9. Quatre équipes qui posent les pierres fonctionnant en parallèle aux quatre coins de l’assise et qui font remonter les roulements et les sacs vers le monte charge.

J’en déduis la dynamique suivante qui est celle d’une chaîne de production à flux tendu pour une cadence moyenne de 90 s par bloc:

  • Le pouls est donné par l’ascenseur de la grotte qui oscille avec la régularité d’un métronome, comme son fonctionnement est silencieux, un gong sur l’assise bat la cadence. Si le gong s’arrête tout le monde s’arrête sur le plateau sauf les blocs en mouvement qui n’entendent rien.
  • La période d’oscillation étant de l’ordre de 10 s le responsable des oscillations a droit à 9 cycles du monte charge pour monter un bloc moyen puis régler toute la problématique de l’équilibrage entre la charge qui monte et le poids qui descend.
  • Les blocs étant tous différents, mais lestés pour peser pareillement à la monté, les lest qui redescendent présentent un poids variable par bloc, le responsable des oscillations connaît le poids de chaque lest et des opérateurs pour que sur un cycle de 9 oscillations, il fasse descendre exactement le poids qui a été monté. Le poids complémentaire a été ajusté au moment de la pesée, il est marqué sur le bloc.  C’est une régulation numérique précise.
  • Un bloc arrivant sur l’assise toutes les 90 secondes, chaque poste de pose fonctionnant en même temps aux quatre coins de la pyramide dispose de 4 x 90 s = six minutes pour poser un bloc.
  • Le bloc qui sort de la cage du monte charge, porte la marque de l’équipe qui va le poser,  on sait vers où le diriger Est ou Ouest.
  • Le bloc est délesté puis prend une rampe de lancement Est ou Ouest qui l’accélère pour lui donner une vitesse de l’ordre de 10 KM/H il est freiné par une rampe symétrique en monté, puis orienté Nord ou Sud.
  • Il prend une dernière rampe d’accélération Nord ou Sud et fait à l’horizontale la dernière partie de son trajet à la vitesse d’environ 10 KM/H.
  • Arrivé à son emplacement, une buté bloque sa progression, son énergie cinétique le fait basculer d’un quart de tour et tomber de son roulement sur l’assise, proche de son emplacement final, il conserve cependant une vitesse horizontale résiduelle qui le fait riper et se coller contre le bloc précédemment posé. Cependant pour une raison évidente, il reste un espace latéral entre le bloc et la rangée déjà posée.
  • Un pousseur d’assise qui l’attendaient le presse contre la rangée existante, ce sera son ultime ajustement, il est maintenant à la place où il se trouve encore aujourd’hui.
  • L’assise moyenne fait 170 m de base, le trajet moyen du bloc sur l’assise fait la longueur d’une demi base donc 85 m son temps de trajet est de 40 s plus 20 s de manutention,
  • Il reste donc 300 s à l’équipe de calepinage pour poser le bloc et préparer la réception du bloc suivant, tout en continuant à vider les sacs de sable dans les trous et faire retourner le roulement vers la cage du monte charge.
  • Le lest déjà mis de coté à la sortie du monte charge sera renvoyé au parvis avec le roulement sur les prochaines descentes du monte charge sur ordre du responsable des oscillations, les opérateurs attendent près de l’orifice de la cage l’ordre de monter sur le plateau en chargeant plus ou moins de lest avec eux.

Parement:

Les blocs du parement sont posés avant les blocs de remplissage, en commençant par poser les angles, puis en remontant vers le centre des faces est et ouest, par les quatre équipes de calepinage d’assises.

Le mode opératoire pour le voyage sur l’assise et le basculement du bloc en phase finale est le même que pour les blocs de remplissage.

Contrairement aux blocs de remplissage, les blocs de parement on des joints parfaitement plans et  qui reçoivent un mortier, le mortier sur la face du bloc arrivant qui va se plaquer sur le bloc précédent a été apposé soigneusement juste avant le départ du bloc vers la pyramide, le mortier sur la face adjacente du bloc déjà posé a été apporté sur l’assise, il y en a une couche très mince.

Le processus de pose du bloc de parement diffère très peu du processus de pose du bloc de remplissage en ce qui concerne son transport sur l’assise et son basculement à l’arrivée, suivit d’un ripage au sol qui a lieu toutefois sur du mortier.

Emporté par son élan le nouveau bloc plaque avec force sur le bloc précédent en écrasant la couche de mortier sous la pression, d’abord de la chute pour la face  horizontale, puis du choc pour la face verticale.

Mais par sécurité, le bloc a été posé en retrait de la face de quelques centimètres, le pousseur d’assise va lui faire gagner son emplacement exact à moins d’un mm près, car il peut exercer une force suffisante pour bouger le bloc et être arrêté par une butée sur l’assise pour la précision.

Avec l’expérience de l’opérateur du pousseur, comme la force exercée est maximum à l’approche du sommet de l’oscillation, il peut contrôler son mouvement à la volée, avec précision et sécurité. S’il est facile de pousser le bloc vers l’extérieur, le faire rentrer dans l’assise en cas de dépassement est d’une autre difficulté!

Une fois les faces Est et Ouest complètes, les blocs de remplissage seront posés par rangées parallèle à ce muret que forme le parement. Les blocs du parement des faces nord et sud, seront posés, comme première pierre de chacune des rangées de remplissage.

Maçonneries des volumes internes:

La maçonnerie des volumes internes engage très peu de blocs à poser, mais avec beaucoup de soin et de précision, même pour la construction du soubassement, car de la qualité du soubassement dépend la stabilité des volumes.

La chambre haute est conçue étanche à l’air, toute fissure risque de ruiner l’ensemble du projet, c’est pourtant ce qui est arrivé quand un tassement non prévu du soubassement sous cette chambre a fait se casser les poutres du plafond, les constructeurs ont pu réparer en bouchant les fissures au plâtre.

Il est probable que le raccordement entre les blocs de remplissage et la maçonnerie centrale des volumes ait été réalisé par endroits avec un joint de sable, pour éviter des contraintes néfastes dues à la médiocre qualité des faces des blocs de remplissage.

Compte tenu du faible volume et du travail en temps masqué, des méthodes de manutention plus rudimentaires seront mises en oeuvre, ce qui n’empêchera pas l’utilisation de pousseurs à pendule.

Traitement des mégalithes sur l’assise

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