Trajet du temple d’en bas au temple d’en haut

Une chaussée avait été aménagée pour acheminer toutes les pierres venant du Nil vers la base de la pyramide altitude 60 m, elle est aujourd’hui entièrement dévastée, mais il en reste des traces qui laissent penser qu’elle mesurait 18 m de large, était en deux partie, une rampe à 4% sur 130 m en haut du plateau face à la pyramide élévation de 55 à 60 met une rampe à 7.5% de 530 m du temple d’en bas à l’extrémité haute du plateau pour une élévation de 15 m à 55 m. Son revêtement était en calcaire fin de Turah.

Ces données sont tirées de la publication BIFAO 67 (1967), p. 49-69 de G.Goyon.

A l’altitude 15 m, le temple bas est au niveau de la crue du Nil attesté par des ouvrages portuaires retrouvés par des fouilles sur le site, c’est donc à ce niveau que l’écluse finale amenait les pierres.

Cependant pour débarquer les pierres, il fallait un bassin final d’une profondeur de 5 m environ afin que l’on puisse redresser avant débarquement les mégalithes des toits qui pour diminuer le tirant d’eau dans le cours incertain du Nil voyageaient couchés. Avec une pente moyenne de 7.5% cela conduit à mettre ce bassin 70 m plus à l’est de l’emplacement supposé du temple bas, soit au final une rampe de 600 m à 7.5% pour arriver en partie haute du plateau suivie d’une rampe de 130 m à 4 % pour arriver au niveau du temple d’en haut pour une élévation totale de 50 m depuis le point de débarquement des pierres..

Un chemin de roulement était posé sur cette chaussée, toutes les pierres du parement et celles venant d’Assouan sont passées par là sur des rouleaux à plots, propulsées par des pousseurs à pendule d’une grande simplicité et d’une incroyable efficacité.

Cependant il a fallu dimensionner spécialement ces rouleaux pour soutenir sans casser, la masse considérable des charges:

Du fait de l’existence de changement de pentes et de virages sur le trajet des mégalithes on ne pouvait pas distribuer les roulements librement, car dès que le roulement de tête s’engage dans une pente montante, les roulements du milieu sont déchargés, et dès que le roulement de tête s’engage dans une pente descendante, c’est lui qui se trouverait déchargé.

Il ne peut donc y avoir sous ces mégalithes plus de deux patins de roulements, celui de tête et celui de queue, ce qui conduit à un maximum de 32.5 t par patin pour le mégalithe le plus lourd, dont la largeur dans le sens de la progression est de 1.5 m et la longueur 2.7 m.

Par rangée de largeur 1.5 m, ils auraient pu disposer 3 patins de 0.5 m de large, 0.3 m de longueur de rouleau  qui se tiendront cote à cote sous le bloc, soit 11 t de charge par patin,  et 2 rouleaux en prise par patin, soit 5.5 t par rouleau sur une largeur de 0.3 m.

PatinPlotsNFRW

On prendra pour la circonstance des rouleaux faits de bois durs comportant le plus de plots possibles en parallèle sur une arête.

Pour améliorer la performance et pouvoir disposer de plus de plots en parallèle sur une face, ils auraient pu prendre un cylindre polyédrique à 11 cotés, ce qui pour un même diamètre de sphère du plot donne un encombrement du plot plus faible sur la face.

Sur 30 cm d’arête on peut ainsi distribuer 8 plots en parallèle ce qui donne une charge  « normale » de 0.7 tonne par plot.

Rouleau 11

Rouleau 11-face

Ces rouleaux présentent une résistance horizontale au « décollage » 73 KN pour un mégalithe de 65 t. Pour mettre en mouvement un tel monstre sur la chaussée d’accès à la pyramide il ne fallait rien de moins  q’un pousseur à pendule, Par contre arrivé sur l’assise soulevé par le flotteur de la grotte, le plateau prenait une inclinaison suffisante pour que le mégalithe se mette en route tout seul sans aucune autre intervention

Une fois lancé, la résistance à l’avancement sur une trajectoire horizontale n’était que de 7 KN.

Ainsi configuré chaque patin constitué de 10 rouleaux fait en dimensions hors tout 0.5 m de large 0.5 m de hauteur 0.8 m de longueur.

Mégalithe

Du fait de leur roulement sur plots sphériques ces patins pouvaient suivre une piste sinueuse à condition que le rayon de rotation soit au minimum de l’ordre de 10 m et donc faire « dans la foulée » des changements de direction qui pouvaient aller jusqu’à un retournement complet.

A la sortie du sas de débarquement, les mégalithes sont déjà sur leurs roulement sur la chaussée qui les conduit à la pyramide:

Tout le long du trajet matérialisé par une chaussée empierrée qui était recouverte du calcaire fin de Turah, son état de surface était probablement aussi bon que celui des pierres du parement, mais ce matériaux est trop tendre pour résister à la pression engendrées par les plots des roulements soumis à une forte charge, une piste en cuivre spécialement adaptée était posée sur cette chaussée.

Résistances à vaincre:

Pour faire avancer un mégalithe de 65 t sur son parcours, il faudra vaincre deux types de résistances:

  • La résistance au roulement des rouleaux, qui opposent une force de 7 KN .
  • La résistance à l’élévation qui est proportionnelle à la pente et à la force de la pesanteur sur 65 t, 7.5%  soit 49 KN

La résistance à l’avancement pour déplacer le mégalithe sera donc de 56 KN ; Il faudra cependant être capable d’ajouter 73 KN pour faire décoller l’ensemble soit une force minimale de 129 KN

Les équations de fonctionnement du pendule donnent un poids de la masse oscillante de 16 t pour que le pendule puisse générer une force suffisante pour faire avancer le « monstre » dans la pente à 7.5%, soit un poids total à faire monter de 65 + 16 = 81 t, ce qui fait passer la force de démarrage à 161 KN et la résistance à l’avancement à 70 KN

L’avantage ici du pousseur à pendule est que tant que l’amplitude du mouvement du pendule ne fait pas dépasser le seuil de 161 KN de force de propulsion, rien ne bouge et aucune énergie n’est consommée, mais quand ce seuil est dépassé, alors le mégalithe emporté par la masse du pendule « dévale » la pente fictive et avance jusqu’à ce que la force exercée par le pendule s’inversant l’arrête, il se bloque alors entre deux sommets du plot. A ce moment un dispositif anti retour s’applique pour que le mouvement inverse du pendule ne fasse pas reculer l’ensemble.

On aurait pu mettre un pousseur pendulaire derrière le mégalithe, mais ça complique l’équipage mobile.

Le plus simple étant de construire un châssis qui repose sur les patins du mégalithe auquel on accroche les 4 pendules moteurs.

trajetMéga

Chaque pendule pèse donc 4 t et reçoit deux opérateurs, ils seront 8 à déplacer le mégalithe. On fera la sélection des plus performants qui pourront exercer une puissance individuelle de 200 W pendant quelques heures comme les sportifs professionnels aujourd’hui, donc une puissance totale de 1.6 KW, probablement en deux équipes se relayant pour maintenir l’effort.

La vitesse de progression de cet équipage sera la puissance divisée par la force à exercer soit 1.6 / 77 = 0.021 m/s soit 75 m/h, il faudra donc  630/75 =  8.4 heures pour parcourir la pente de 7.5%.

Un calcul de même nature donne une force résistante de 40 KN dans la pente à 4% donc un temps de trajet de 1 H pour parcourir les derniers 130 m, soit une durée de trajet d’environ 10 H pour passer du sas de débarquement au pied de la pyramide 50 m plus haut, 760 m plus loin.

Donc en tout près de une journée avec une équipe de 2 × 8 opérateurs se relayant sur les balançoires ce qui est très peu pour déplacer un tel monstre!

Il ne faut pas trop se laisser abuser par l’image de l’animation dont l’ambition n’est que de l’illustrer le principe.

En fait quand l’amplitude de l’oscillation des pendules devient suffisante, la force exercée fait décoller l’équipement qui accélère et fait un certain parcours, jusqu’à ce que l’inversion de la force des pendules l’arrête.

Ce parcours, consomme toute l’énergie disponible dans la masse en mouvement des pendules, en conséquence l’amplitude des oscillations se trouvera grandement diminuée.

Il faudra par la suite un certain nombre d’oscillations entretenues par les opérateurs pour recharger l’énergie des pendules et leur permettre d’atteindre à nouveau l’amplitude qui va déclencher le prochain bond en avant.

On peut estimer qu’avec les opérations dans le bassin de débarquement, le passage du plus gros des mégalithes depuis son point de stockage intermédiaire dans le plan d’eau du port vers la base de la pyramide fut l’affaire d’une à deux journées de travail avec 20 à 30 opérateurs pour chaque pièce.

Beaucoup vont trouver ce chiffre inimaginable! incroyablement faible alors que d’autres solutions à traîneaux proposent une mobilisation de plusieurs milliers d’opérateurs sur des kilomètres de rampe (qui n’ont laissé aucune trace).

On illustre ici à quel point l’utilisation judicieuse de la force de la pesanteur (pendule) est performante.

Une fois arrivé au bout de la chaussée, le mégalithe avait encore à être élevé de 6 m pour rejoindre la plateforme de lancement, qui va le propulser sur ses roulement sur la galerie d’accès qui traverse la pyramide de la base orientale vers le centre où se trouve le pas de chargement dans l’ascenseur de la grotte, ce sera la fonction de la fosse à « barque solaire »  la plus à l’est qui se trouve toujours là avec la même orientation que la chaussée.

Fosse vue du ciel
Credit Maraglioglio & Rinaldi

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