Maintenance du niveau d’eau dans les chambres

Pendant le temps de construction de la pyramide, la surveillance et le maintient de façon précise des niveaux d’eau dans les chambres était une fonction importante pour la bonne marche des ascenseurs élévateurs à flotteurs, si le niveau était trop bas, les pierres n’arrivaient pas  sur l’assise et trop haut, le résultat n’était pas bon non plus. Les constructeurs avaient mis en place un dispositif de surveillance du niveau d’eau associé à un moyen d’ajuster ce niveau. La mini grotte placée au milieu du puits de service témoigne encore de la méthode utilisée.

PuitsSce-grotte
Crédit Maragliolio & Rinaldi

 

Chaque étage d’ascenseur a eut deux phases de fonctionnement, dans la première phase la hauteur de portée partait de 0.5 à 1 m au tout début de la construction d’un étage d’assises jusqu’à la porté maximale qui variait suivant l’étage, dans la deuxième phase le flotteur avait une course maximale fixe et invariable jusqu’à la fin du chantier pour passer les blocs à l’étage supérieur. Cependant quelle que soit la portée le point bas du flotteur dans son oscillation était constamment le même lié au point de chargement à la volée qui bien évidemment était à une hauteur fixe.

Les constructeurs avaient deux solutions pour obtenir une course de hauteur variable, faire varier le niveau de l’eau dans le circuit en conservant un flotteur de poids constant ou garder le niveau d’eau constant et faire varier le poids du flotteur en fonction de la portée à obtenir.

La configuration de la grotte dans le puits de service nous renseigne sur l’option qui fut prise, ce fut celle du niveau constant, celui-ci étant défini par le déversoir du puits dans le mini bassin de la grotte.

Cette option avait une conséquence qui fut qu’à chaque nouvelle assise il fallait délester le flotteur pour faire remonter son point d’équilibre, mais il fallait alors rajouter de l’eau pour maintenir le niveau.

L’avantage de cette option fut évident = quand la course était au minimum, le poids du flotteur était au maximum et la période d’oscillation également. Par exemple pour le premier étage, l’enfoncement du flotteur au tout début était de l’ordre de 30 m donnant une période d’oscillation de 11 s au lieu de 7 s en pleine course, facilitant ainsi le « chargement à la volée » des blocs.

Quand la hauteur de l’assise dépassait la porté maximum d’un étage, celui ci passait alors les blocs à l’étage suivant et sa porté en charge ne changeait plus. Pour éviter d’avoir à ajuster la porté à vide à cause du poids variable des blocs, les constructeurs avaient probablement posé une partie du lest sur le plateau de chargement pour fixer un poids maximum à monter et en fonction du « poids du jour » faisait varier ce lest pour conserver un poids total en charge constant donc un point d’équilibre constant pour le flotteur.

Les volumes intérieurs de la pyramide étaient construits pour être étanches, cependant, il y a des centaines de M² de parois inaccessibles et sur la durée il fallait s’attendre à des fuites aux quelles s’ajoute l’évaporation sous un climat chaud et sec. Il fallait donc impérativement maintenir le niveau constant par ajout d’eau.

L’eau arrivait dans la pyramide par les ascenseurs, dans des conteneurs dont on ne sait rien, de ces conteneurs l’eau était versée à la demande depuis le niveau de l’assise par le biais du puits de service pour le premier étage et des canaux obliques (improprement nommés canaux de ventilation par le consensus) reliant l’assise à la chambre la plus élevée en cours de service.

La conception de ces canaux les rendaient parfaitement étanches, toute l’eau versée en haut arrivait en bas dans la chambre, ils ont été doublés par sécurité, sinon le moindre incident bouchant le canal, par exemple un objet tombant dedans par mégarde ou un sabotage arrêtait irrémédiablement le chantier et aller déboucher 20 à 30 m plus bas un tuyau de 0.2 × 0.2 m n’était pas l’affaire de 5 minutes!

Quand ces conduits d’alimentation en eau étaient bouchés par l’élévation de l’assise: puits de service pour l’étage de la grotte, canaux de la chambre basse pour le deuxième étage, c’est l’étage immédiatement supérieur qui envoyait à la demande de son eau à l’étage inférieur.

L’étage de la chambre basse communiquait son eau par un seuil au premier étage ce qui permettait de maintenir automatiquement son niveau avec une précision millimétrique quand on lui versait de l’eau via la grande galerie à partir de l’étage de la chambre haute et ce faisant envoyait automatiquement de l’eau dans l’étage de la grotte.

Au point bas de la grande galerie, il y a la jonction entre 4 conduits, la grande galerie, la galerie horizontale, la galerie ascendante et le puits de service.

A cet endroit sur la paroi verticale ouest de la rainure centrale de la grande galerie, il y a aujourd’hui un trou par  lequel débouche le puits de service, ce trou a été manifestement le résultat d’un martèlement ce qui signifie qu’à une époque il y avait un petit muret qui  prolongeait la paroi de la rainure centrale de la grande galerie en faisant la jonction avec la galerie ascendante.

Cependant cette jonction débouche également par un trou dans la surface supérieure de cette même banquette ouest.

Entrée-Puits-GG2

Il se trouve, et ce n’est pas par hasard, que le seuil inférieur de ce trou est exactement au niveau  entre le sol et le plafond de la galerie horizontale menant à la chambre basse.

Le niveau de la chambre basse ne pouvait pas monter plus haut sans que son eau s’écoule automatiquement dans le puits de service, en même temps il restait un orifice, certes étroit 0.58 x 0.62 m, mais suffisant, pour qu’un opérateur puisse se rendre dans le puits de service au niveau de la mini grotte pour surveiller le niveau d’eau du premier étage.

seuil Chambre basse

 

En bas à gauche du schéma, l’extrémité nord de la galerie horizontale, en haut à gauche, le bas de la grande galerie, en bas à droite le haut de la galerie ascendante, au milieu l’eau du circuit de la chambre basse. Légèrement à gauche du sommet de la galerie ascendante, on peut voit le débouché du puits de service qui fait un seuil, dans le quel l’eau se déverse quand elle dépasse ce niveau.

 

L’étage de la chambre haute était équipé d’une vanne à guillotine, dont les pièces coulissants  sont encore dans la pyramide, sous la forme de deux faux linteaux en granite, soigneusement usinés et polis.

Cette vanne permettait de verser à la demande l’eau du circuit de la chambre haute dans la grande galerie pour ajuster les niveaux des circuits d’eau de la chambre basse et de la grotte.

Mesurer le niveau du circuit de la chambre basse était le plus aisé, car il était automatiquement ajusté par le seuil ci-dessus décrit et accessible depuis la grande galerie.

Pour ce qui est du niveau d’eau dans l’étage de la grotte souterraine il fallait se placer dans la toute petite grotte placée dans le puits de service dont l’altitude est exactement celle du haut du cylindre :

Observateur

PuitsSce-grotte-modifié-eau

Le mini bassin de la grotte servant à la fois de trop plein et de réservoir d’eau intermédiaire.

Il faut ici garder présent à l’esprit que cette grotte était dans l’obscurité totale, il fallait donc un dispositif autre que visuel pour contrôler le niveau d’eau, le déversoir donnait automatiquement une précision millimétrique.

Quand le flotteur dont la section était de 4 M² faisait une course de +/- 15 m autour de son point d’équilibre statique, le niveau dans le circuit variait de +/- 0.5 m car la surface d’eau libre était de 120 M². Donc l’opérateur pouvait à l’aide d’une écope rajouter un peu d’eau dans le puits à chaque oscillation et l’entendre revenir en s’écoulant dans le mini bassin au point haut du mouvement. Il surveillait le niveau du mini bassin puisqu’il y avait les pieds dedans, quand il jugeait que ce niveau était trop bas, il pouvait demander, par exemple en soufflant dans une corne, à l’opérateur dans la grande galerie de lâcher de l’eau.

Quand au troisième étage alors que le quatrième entrait en service, un observateur aurait pu se tenir dans le tunnel de liaison du pas de chargement avec la grande galerie.

Ce tunnel aurait pu passer entre le puits (prolongement de la chambre des herses)  et les chambres de décharge dont l’avant dernière est située exactement au niveau du haut du puits du troisième étage, celle ci aurait pu servir de logement à un opérateur pour surveiller le niveau d’eau et envoyer un signal à l’étage supérieur dont nous ne savons rien à ce jour, et également un signal à la grande galerie pour ouvrir la vanne.

On remarquera que les conduits obliques de la chambre haute débouchaient sur les faces extérieures de la pyramide. Le parement ayant été enlevé on ne sait et on ne saura jamais quelle était la configuration de cet orifice.

Par un moyen qu’on ne connaîtra probablement jamais, depuis l’assise maintenant plus haute que le niveau + 80 m qui est celui de cet orifice il était possible de faire entrer de l’eau dans la chambre haute.

Cependant on a observé depuis longtemps que les parois des faces de la pyramides faisaient un léger angle entrant créant une arête au milieu de chaque face, arête qui aurait été bienvenue pour guider de l’eau versée depuis l’assise vers l’orifice du conduit de la chambre haute.

 

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